« No tax » ou « Tax the Rich »: Les deux faces d’une même impasse. Ou quand les slogans remplacent les idées

La Belgique a plus que jamais besoin de responsables politiques capables d’échanger, de construire et d’argumenter avec nuance… Et non pas d’influenceurs ou d’agitateurs.

Alors que nous faisons face à un défi immense pour remettre la Belgique sur les rails et l’Europe sur la carte, tout semble figé. Les populismes de gauche comme de droite paralysent le débat à coup de slogans. Ils flattent leurs supporters sans s’embarrasser de la vérité ou de l’objectivité.

Le populisme n’est pas une idéologie. C’est une méthode. Une manière de remplacer les faits par les émotions, les arguments par les slogans et la recherche de compromis par la construction de camps irréconciliables.

Alors que, dans l’adversité, nous devrions nous unir et dépasser nos différences pour construire des solutions pérennes, la polarisation grandit, alimentée par des discours simplistes et amplifiée par les réseaux sociaux.

À force de parler à leur camp, certains oublient de s’occuper du pays.

Sur des sujets essentiels (enseignement, budget, fiscalité, migration, fonction publique…), le débat est dominé par les caricatures et les postures. La tension monte, les agressions se banalisent. Et le plus dangereux, ce serait de s’habituer, de l’accepter.

La politique n’est pas faite pour flatter les certitudes, mais pour résoudre les problèmes.

Dans les mois à venir, la population ne nous jugera pas sur nos bons mots mais sur notre capacité à prendre des décisions justes. Le courage politique commence là où s’arrête le confort électoral. Les citoyens méritent des responsables qui agissent en adultes et qui cherchent des solutions.

La polémique concernant notre proposition de contribution des plus grands patrimoines financiers est, à cet égard, révélatrice.

Vous le savez peut-être ; j’ai eu la chance de créer plusieurs entreprises et de constituer un capital grâce à cela. Partant du constat que, quand ce capital « travaille », il génère des revenus beaucoup moins taxés que ceux gagnés à la sueur du front, j’ai défendu, il y a une dizaine de jours, qu’une contribution plus importante du capital financier serait juste et nécessaire.

Un principe simple : dans un contexte où chacun est mis à contribution, celles et ceux qui ont la chance de pouvoir faire fructifier leur capital financier (les immeubles ne sont pas concernés) participent à l’effort commun.

Chacun selon ses moyens. Pas davantage. Pas moins non plus.

C’est pour cela que je suis affligé de voir comment ce débat, qui aurait pu, qui aurait dû être constructif et nuancé, a cristallisé les oppositions et les raccourcis que je me dois une fois de plus d’essayer de corriger.

Contrairement au narratif que certains essayent d’imposer, cette contribution est proportionnée et ne vise pas la classe moyenne. Les placements financiers sont totalement exonérés jusqu’à 500 000 euros et, sur les tranches supérieures, la contribution ne représente qu’une petite part des revenus qui devraient être réalisés.
Exemple : pour 1 million d’euros placés, une contribution de 750 euros/an serait demandée alors qu’un rendement de 3% permet de générer 30 000 euros de revenus.

De même, loin des caricatures qui ont été faites, les entrepreneurs ne seront pas découragés et personne ne sera poussé à « fuir le pays ». Comme j’ai pu l’expliquer à Fabien Pinckaers, la contribution ne se calcule pas sur la valeur potentielle d’une entreprise (ça, c’est le rôle de la taxe sur les plus-values) mais uniquement sur le montant investi. On pourrait par ailleurs aller encore plus loin en imaginant une exonération complète des start-ups européennes ainsi que des facilités de paiement pour les actifs peu liquides.

À gauche, certains ont profité de cette séquence pour stigmatiser les « riches ». Oubliant que sans patron ni entrepreneur, il n’y a pas d’activité économique, pas de services publics, pas de solidarité. Attisant les caricatures, parfois même les attaques personnelles, tout en feignant d’ignorer que 50% de l’impôt est payé par les 10% de la population qui gagnent le mieux leur vie.

Plus frustrant, parce que plus décevant encore, j’ai été choqué de voir comment la droite conservatrice a simplifié le débat à coup de désinformation et de communication.  La question de savoir comment répartir l’effort pour que chacun fasse sa part vaut mieux qu’une chanson générée par l’IA avec des caricatures grossières.

  • Agiter « No tax », c’est rendre impossible tout rééquilibrage vers une fiscalité plus juste et équilibrée, c’est défendre un système inefficace qui étouffe le travail et protège les niches fiscales.
  • Agiter « No tax », c’est oublier que plus de 50% de ces taxes servent à payer nos pensions, nos soins de santé, l’enseignement de nos enfants ou notre sécurité.
  • Agiter « No tax », c’est nier la solidarité, qui fait le ciment de notre société.
  • Agiter « No tax », c’est aussi simpliste que de brandir la carte « Tax the Rich » comme unique solution à tous les problèmes.

Les défis qui attendent la Belgique ne sont ni de gauche, ni de droite. Ils sont immenses. Ils exigent autre chose que des slogans. Ils exigent du courage et de la nuance.

Ce n’est qu’à cette condition que nous retrouverons ce qui manque aujourd’hui le plus à notre démocratie : la confiance.