Depuis le début de la crise dans le détroit d’Ormuz, les pays importateurs de combustibles fossiles ont vu leur facture énergétique exploser. Selon une nouvelle analyse du Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), les importateurs ont payé environ 330 milliards de dollars supplémentaires en six mois, par rapport à ce que les marchés anticipaient avant le début du conflit.
Cela représente environ 47 milliards d’euros supplémentaires par mois.
Et le chiffre est d’autant plus frappant qu’il ne s’agit pas seulement du prix à la pompe. La hausse du pétrole, du gaz et des carburants se répercute sur toute l’économie : transport, agriculture, industrie, chauffage, alimentation et, in fine, pouvoir d’achat.
L’Europe paie particulièrement cher sa dépendance
L’Union européenne figure parmi les principaux perdants de ce choc énergétique. Selon le CREA, elle a supporté environ 78 milliards de dollars de coûts supplémentaires bruts sur ses importations de combustibles fossiles entre mars et août, soit près de 67 milliards d’euros.
Une fois pris en compte les revenus supplémentaires des pays européens exportateurs, le coût net pour l’Union reste estimé à 54 milliards de dollars.
Ces chiffres doivent nous interpeller, car chaque fois que le prix du pétrole ou du gaz s’envole à cause d’une crise internationale, l’Europe voit une partie de sa richesse partir à l’étranger pour payer des ressources dont elle ne maîtrise ni les prix ni les conditions d’approvisionnement.
Notre dépendance énergétique est donc aussi une dépendance géopolitique et économique.
La meilleure protection contre le choc pétrolier, c’est de ne plus en dépendre
La conclusion du CREA est particulièrement claire : les pays qui ont développé leurs capacités de production d’énergie propre sont mieux armés face à ce type de choc.
Depuis 2020, le développement des énergies propres a permis d’éviter environ 36 milliards de dollars d’importations supplémentaires de charbon, de gaz et de pétrole au cours des cinq premiers mois de la crise. Autrement dit, les investissements réalisés dans les énergies renouvelables et l’électrification ne sont pas uniquement des investissements climatiques.
Ce sont aussi des investissements dans notre sécurité énergétique.
Chaque éolienne, chaque panneau solaire, chaque pompe à chaleur, chaque véhicule électrique ou chaque processus industriel électrifié réduit, à son échelle, la quantité de pétrole et de gaz que nous devons acheter sur les marchés internationaux.
Et donc notre exposition aux prochaines crises.
Ne faisons pas de la transition une question idéologique
Le débat énergétique est trop souvent présenté comme une opposition entre écologie et économie. Cette crise montre précisément l’inverse.Quand les prix des combustibles fossiles s’envolent, ce sont les ménages qui paient davantage, les entreprises qui voient leurs coûts augmenter et les États qui doivent parfois intervenir pour amortir le choc.À l’inverse, produire davantage d’énergie en Europe, à partir de sources renouvelables, signifie conserver davantage de richesse sur notre continent et rendre nos prix moins dépendants des crises internationales.La transition énergétique n’est donc pas une dépense que nous faisons malgré l’économie. C’est une assurance économique.
Sortir des fossiles, c’est reprendre le contrôle
Le meilleur moyen de se prémunir contre la flambée des prix du pétrole, c’est de sortir au plus vite de cette énergie. C’est le véritable enseignement de cette crise.Nous ne pouvons pas empêcher toutes les guerres, toutes les tensions au Moyen-Orient ou tous les chocs sur les marchés mondiaux. En revanche, nous pouvons décider de notre niveau de dépendance à ces événements.
C’est précisément pour cela que l’Europe doit accélérer sur trois fronts : produire davantage d’énergie propre chez nous, électrifier massivement nos usages et investir dans notre efficacité énergétique.
Notre objectif ne doit pas seulement être de réduire nos émissions. Il doit aussi être de ne plus financer notre vulnérabilité. La question n’est donc plus de savoir si nous pouvons nous permettre d’investir dans la transition énergétique.La vraie question est de savoir combien nous coûtera le fait de ne pas le faire.