Quand l’extrême droite frappe à la porte, les démocrates doivent ouvrir les yeux.

Le scrutin de Saxe-Anhalt est un avertissement pour l’Allemagne. Il devrait aussi l’être pour toute l’Europe.

Ce dimanche, les électeurs de Saxe-Anhalt pourraient placer l’AfD largement en tête des élections régionales. Les derniers sondages lui donnent plus de 40 % des intentions de vote. Derrière ces chiffres, il y a une réalité que nous devons regarder en face : une partie croissante des citoyens ne se reconnaît plus dans les réponses proposées par les partis démocratiques.

Ce constat ne doit pas nous conduire à la résignation. Il doit nous conduire à l’action.

Le cordon sanitaire est nécessaire, mais il ne peut pas être notre seule réponse. Si nous voulons faire reculer l’extrême droite, nous devons aussi répondre aux inquiétudes qui nourrissent son succès. Les citoyens n’attendent pas de nous que nous leur expliquions pourquoi ils ne peuvent pas voter pour l’extrême droite. Ils attendent que nous leur montrions pourquoi ils peuvent encore voter pour nous.

L’AfD prospère sur des inquiétudes bien réelles : immigration, sécurité, pouvoir d’achat, déclassement, perte de repères, sentiment de ne plus maîtriser son avenir. Elle apporte à ces inquiétudes des réponses simplistes, souvent dangereuses. Mais nous commettrions une erreur en considérant que les inquiétudes elles-mêmes sont illégitimes.

Notre responsabilité est précisément de reprendre ces sujets sans reprendre leurs recettes.

Cela signifie d’abord une Europe qui protège. Qui contrôle réellement ses frontières, lutte contre les abus, exige une intégration réussie et protège ses citoyens face aux nouvelles formes de concurrence déloyale. Laisser ces questions à l’extrême droite serait une faute politique.

Cela signifie ensuite une Europe qui produit. Une Europe qui réindustrialise, qui investit dans son énergie, son innovation et ses infrastructures, et qui cesse de dépendre des autres pour les biens et les technologies dont elle a besoin. Quand les citoyens ont le sentiment que leur avenir économique leur échappe, les discours de rupture trouvent mécaniquement davantage d’écho.

Cela signifie enfin une Europe qui change réellement la vie. Une Europe plus efficace, qui se concentre sur ce qu’elle peut faire mieux que les États membres, qui simplifie quand elle le peut et qui agit avec force lorsqu’elle doit le faire. La confiance ne se décrète pas : elle se construit par des résultats.

La Belgique n’est évidemment pas la Saxe-Anhalt. Mais nous ne pouvons pas regarder ce qui se passe en Allemagne comme un phénomène qui ne nous concernerait pas.

Dans toute l’Europe, les partis extrêmes progressent lorsqu’ils parviennent à convaincre qu’ils sont les seuls à entendre les colères et les inquiétudes.

Notre réponse ne peut donc pas être de demander aux citoyens de voter pour nous uniquement parce que les autres seraient pires.

Le centre ne doit pas être un refuge entre deux extrêmes. Il doit être une force de transformation.

C’est à cette condition que nous pourrons défendre durablement notre modèle démocratique : non pas en demandant aux citoyens de choisir le moindre mal, mais en leur donnant de bonnes raisons de choisir l’avenir.