La Commission européenne veut enterrer le NutriScore dans le plus grand silence

Six ans après avoir promis un étiquetage nutritionnel commun à tous les Européens, la Commission européenne n’a toujours présenté aucune proposition. Pire : elle refuse de publier les documents ayant servi à préparer cette réforme.

« La Commission européenne semble vouloir enterrer le Nutriscore. Son comportement dans un dossier important de santé publique et cette absence totale de transparence sont indignes » tempête l’Eurodéputé Yvan Verougstraete en charge de la Santé mais aussi de la Protection des consommateurs qui interpellera cette semaine la Commission européenne afin de faire la lumière sur la question.

 » En 2020, dans le cadre de sa stratégie « Farm to Fork », de la fourche à la fourchette, la Commission européenne avait annoncé en grande pompe que dans les deux ans, nous aurions un système d’étiquetage nutritionnel harmonisé et obligatoire dans toute l’Union européenne. »

« Le Nutri-Score, déjà adopté par plusieurs États membres et fort d’une centaine d’études scientifiques démontrant son efficacité pour aider les consommateurs à faire des choix alimentaires plus éclairés, apparaissait alors comme le candidat naturel pour incarner ce futur système européen. »

Six ans plus tard, cette promesse est restée lettre morte.

Aucune proposition n’a été présentée. Aucune explication n’a été donnée.

Plus inquiétant encore, lorsque des organisations de la société civile ont demandé à consulter les études d’impact, les avis et les autres documents ayant servi à préparer cette réforme, la Commission européenne en a refusé l’accès. Cette absence de transparence fait aujourd’hui l’objet d’une procédure devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Pour Yvan Verougstraete, cette manière d’agir est indigne des institutions européennes.

« On peut débattre du Nutriscore. On peut vouloir l’améliorer. Mais on ne peut pas promettre une réforme majeure de santé publique, mobiliser des experts pendant des années, puis laisser le dossier disparaître sans la moindre explication. La transparence n’est pas facultative. C’est une obligation démocratique. »

Le Nutriscore n’interdit aucun produit et ne dicte pas les choix des consommateurs. Il leur fournit une information simple, visible et fondée sur des données scientifiques afin qu’ils puissent comparer rapidement la qualité nutritionnelle des aliments. Dans une Europe où l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires progressent, renoncer à un tel chantier sans même l’assumer publiquement envoie un signal particulièrement préoccupant.

« La santé publique relève de l’intérêt général. Les citoyens européens ont le droit de savoir pourquoi une réforme qui leur avait été promise a disparu de l’agenda. Si l’institution présidée par Ursula von der Leyen refuse de publier les documents ayant servi à préparer cette réforme, comment les Européens peuvent-ils comprendre les raisons de ce revirement ? Ce manque de transparence nourrit les doutes et affaiblit la confiance envers les institutions européennes. » explique encore l’Eurodéputé.

Pour sa part, Jean-François Gatelier, Député fédéral belge, médecin et auteur d’une proposition visant à rendre obligatoire le NutriScore au niveau national, déplore l’abandon progressif de cet outil de santé publique par la Commission européenne : « L’Europe ne peut pas prétendre lutter contre l’explosion des maladies chroniques tout en renonçant à l’un des outils de prévention les plus simples et les plus efficaces. Le Nutri-Score n’interdit rien : il informe simplement les consommateurs et leur permet de faire des choix plus éclairés. Si Bruxelles souhaite y renoncer, elle doit au moins avoir le courage et la transparence d’en expliquer les raisons aux citoyens européens. »

 

Cette semaine, le Parlementaire européen Yvan Verougstraete interpellera officiellement la Commission européenne. L’Eurodéputé lui demandera de publier l’ensemble des études d’impact, avis et documents préparatoires relatifs au projet d’étiquetage nutritionnel harmonisé annoncé en 2020, conformément au devoir de transparence qui s’impose aux institutions européennes.

Il lui demandera également d’expliquer pourquoi un engagement majeur en matière de santé publique n’a jamais été concrétisé et de préciser si elle entend toujours proposer un système européen d’étiquetage nutritionnel harmonisé ou si elle a définitivement choisi d’y renoncer.

Porte-parole : Emmanuel Foulon – 0032 497 59 41 86