En 2060, une personne sur trois aura plus de 65 ans. Il nous faut préparer l’avenir.

Il y a des chiffres qui devraient nous obliger à regarder la réalité en face.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le nombre de personnes de plus de 65 ans dépasse celui des jeunes enfants. Et ce phénomène ne va pas ralentir. D’ici 2060, les plus de 65 ans pourraient représenter près d’un tiers de la population européenne. C’est une formidable nouvelle sur un point essentiel : nous vivons plus longtemps. Mais c’est aussi un immense défi collectif.

Parce que derrière cette révolution démographique se trouve une question très simple : comment continuer à financer notre modèle social dans une société où il y aura de moins en moins d’actifs pour financer de plus en plus de pensions, de soins et d’accompagnement ? La réponse ne peut pas être de faire comme si rien ne changeait.

En Europe, nous sommes aujourd’hui autour de trois personnes d’âge actif pour une personne de plus de 65 ans. À l’horizon 2070, nous serons à moins de deux. La Commission européenne prévoit par ailleurs une hausse des dépenses liées au vieillissement dans les décennies à venir. La réforme des pensions n’est donc pas un luxe. Elle est une obligation. Une obligation parce que nous avons une responsabilité envers ceux qui sont aujourd’hui pensionnés, mais aussi envers ceux qui travaillent et cotisent aujourd’hui et qui veulent savoir s’ils pourront, demain, bénéficier à leur tour d’une pension digne.

C’est précisément pour cela que nous devons sortir d’un débat caricatural où toute réforme serait nécessairement une attaque contre les travailleurs.Une réforme responsable doit poursuivre un objectif simple : garantir la pérennité et l’équité de notre système de pensions.Cela signifie travailler davantage lorsque c’est possible, mieux valoriser les carrières longues, lutter contre les sorties prématurées du marché du travail, mais aussi tenir compte de la pénibilité et des réalités très différentes d’une carrière à l’autre.

Cela signifie surtout faire en sorte que le travail reste suffisamment attractif pour que notre système puisse continuer à être financé.Mais cela ne s’arrête pas aux pensions.Le vieillissement de notre population nous oblige aussi à repenser notre politique de santé, notre prise en charge de la dépendance, l’organisation du travail, la formation tout au long de la vie et même notre politique migratoire.Et cette réflexion doit être menée à l’échelle européenne.

Parce que la Belgique n’est pas une exception. L’ensemble de l’Europe vieillit.

L’Union européenne elle-même identifie le vieillissement démographique comme l’un des grands défis économiques et sociaux des prochaines décennies. Elle travaille déjà sur la soutenabilité des systèmes de pensions et sur leur capacité à garantir des revenus adéquats aux personnes âgées.Nous devons donc avoir le courage de regarder cette transformation comme une opportunité plutôt que comme une fatalité.

Une population qui vit plus longtemps est une population qui peut aussi travailler plus longtemps, si elle reste en bonne santé. Une personne de 65 ans aujourd’hui n’est pas celle de 65 ans d’il y a cinquante ans.

Notre société doit apprendre à valoriser ces années supplémentaires de vie, d’expérience et de compétences.

Le véritable enjeu n’est pas de choisir entre les générations. C’est de construire un système qui permette à chacune d’entre elles de vivre dignement.

C’est cela, au fond, le sens d’une réforme des pensions.Pas travailler plus pour travailler plus. Pas non plus réformer pour réformer. Mais bien adapter notre modèle social à la réalité du monde dans lequel nous vivons, afin qu’il puisse encore protéger les générations qui viennent.Nous avons gagné des années de vie.

À nous maintenant de faire en sorte que nos systèmes sociaux gagnent les années nécessaires pour les accompagner.