Accord US – Iran : Tout ça pour ça ?

Après des semaines d’escalade, après des frappes militaires, après des violations répétées du droit international, après des dizaines de milliers de vies bouleversées à travers la région, Donald Trump présente son accord avec l’Iran comme une victoire diplomatique. Mais lorsqu’on regarde ce texte de près, une question s’impose : tout ça pour ça ?

Pendant des semaines, le monde a retenu son souffle. Les marchés se sont affolés. Les prix de l’énergie ont flambé. Des millions de familles ont vu grimper leurs factures de chauffage, d’électricité et de carburant. Dans de nombreux pays déjà fragilisés, le risque d’une crise alimentaire s’est aggravé à mesure que les coûts du transport maritime et des matières premières augmentaient. Des civils ont payé le prix fort. Des familles ont été déplacées. Des infrastructures ont été détruites. L’instabilité s’est propagée bien au-delà du Moyen-Orient.

Et pour quel résultat ?

Un accord qui rouvre le détroit d’Ormuz, alors que c’est précisément l’escalade militaire provoquée par Donald Trump qui avait conduit à sa fermeture.

Un accord qui garantit la libre circulation des navires pendant soixante jours, comme si la liberté de navigation dans les eaux internationales était une faveur accordée par les belligérants et non un principe fondamental du droit international.

Un accord qui ne comporte aucune limitation nouvelle concernant les missiles balistiques iraniens, pourtant au cœur des critiques formulées par Donald Trump contre l’accord de 2015.

Un accord qui se contente d’un engagement de principe à ne pas développer d’arme nucléaire, sans apporter la certitude ni les garanties que Donald Trump prétendait obtenir par sa stratégie de confrontation.Et surtout, un accord qui ne change rien à la réalité du régime iranien.Le pouvoir reste en place. Les structures de répression restent en place. Les exécutions, les pendaisons publiques, les emprisonnements arbitraires, les atteintes aux droits des femmes et des opposants vont pouvoir reprendre comme avant. Ceux qui espéraient que cette confrontation déboucherait sur une transformation profonde du régime iranien constatent aujourd’hui que rien de tel ne s’est produit.Ceux qui nous expliquaient qu’il fallait accepter l’escalade pour obtenir une paix durable peinent désormais à expliquer ce qui distingue fondamentalement la situation d’aujourd’hui de celle qui existait avant la crise.

La vérité est difficile à ignorer. Cette séquence n’a pas démontré la force d’une stratégie. Elle a révélé son incohérence.

Donald Trump avait quitté l’accord nucléaire conclu sous Barack Obama en le qualifiant de catastrophe. Huit ans plus tard, il revient avec un texte qui paraît moins ambitieux sur plusieurs aspects essentiels.Il avait promis d’imposer ses conditions à l’Iran. Il signe aujourd’hui un compromis. Il avait promis la paix par la force. Il obtient surtout une sortie de crise après avoir contribué à la provoquer.

Les grands dirigeants écrivent l’histoire lorsqu’ils résolvent les crises. Les plus mauvais commencent par les créer avant de se féliciter de les arrêter. Et au fond, c’est peut-être cela le plus accablant.

Donald Trump avait hérité d’un accord imparfait, certes, mais qui fonctionnait. Un accord qui limitait le programme nucléaire iranien, qui imposait des contrôles internationaux stricts et qui maintenait une forme de stabilité régionale.Il l’a détruit. Il a rompu unilatéralement les engagements américains. Il a relancé les tensions. Il a contribué à remettre la région sur une trajectoire de confrontation.

Et aujourd’hui, après des morts, après des destructions, après des crises économiques en cascade et après avoir fait trembler la planète entière, il présente comme une victoire un accord qui ne règle ni la question des missiles balistiques, ni celle du régime, ni celle des droits humains, ni même celle de la libre circulation maritime.Des milliers de victimes plus tard, le résultat ressemble davantage à un retour partiel au point de départ qu’à une avancée historique.

C’est cela qui doit nous interroger. Lorsque des dirigeants jouent aux apprentis sorciers avec la paix mondiale, ce sont toujours les mêmes qui paient la facture : les civils, les travailleurs, les familles, les plus vulnérables.Les dirigeants, eux, repartent avec une conférence de presse. Les peuples repartent avec les conséquences.

Tout cela pour quoi ? Pour qu’un président puisse revendiquer avoir rouvert un détroit qu’il avait lui-même contribué à fermer. Pour qu’il célèbre un compromis qu’il aurait dénoncé comme une capitulation il y a quelques années. Pour qu’il transforme son propre échec stratégique en opération de communication.

Ce n’est pas une victoire de la paix. C’est la facture humaine, économique et géopolitique d’une politique étrangère incohérente. Et elle est terriblement lourde.  

Plus qu’un accord de paix, il s’agit surtout d’une porte de sortie de secours pour Donald Trump.