Les réformes dans l’enseignement : faisons le point !

Les inquiétudes, la fatigue et parfois la colère qui s’expriment dans le monde de l’enseignement doivent être entendues avec respect et considération. Elles méritent des réponses, de la nuance et de la transparence. Alors faisons le point.

De la maternelle à l’université, derrière les mobilisations et les grèves, il y a des femmes et des hommes profondément engagés pour leurs élèves et leurs étudiants, qui s’interrogent légitimement sur leur avenir, leurs conditions de travail et le sens des réformes entreprises. Il y a aussi des familles qui s’inquiètent pour leurs enfants et des étudiants qui se demandent comment construire leur parcours. Toutes ces voix comptent.

Mais dans un climat devenu de plus en plus tendu, le débat s’est aussi fortement polarisé. Des chiffres sortis de leur contexte, des interprétations partielles, des réactions amplifiées sur les réseaux sociaux et certaines postures politiques ont parfois nourri la confusion davantage qu’elles n’ont permis d’éclairer le débat. À force de simplifications et de raccourcis, des inquiétudes réelles ont pu être exacerbées, au risque d’alimenter la méfiance plutôt que le dialogue. Face à cela, nous faisons le choix de la transparence, de la nuance et de la pédagogie. Sans minimiser les difficultés, sans nier les interrogations, mais sans céder non plus aux caricatures ou aux oppositions stériles.

Une réponse à la hauteur de vos questions

Nous ne nions pas l’exigence des choix posés. Néanmoins, ils ont été pensés avec soin, concertés avec les acteurs du terrain et animés par la volonté selon laquelle chacun contribue équitablement à redresser la situation budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sans sacrifier ce qui fait la force de notre enseignement.

Ce FAQ, nous l’avons construit pour aller au-delà des slogans et des simplifications. Prenons le temps de regarder la réalité en face. Ensemble. Faisons le point, avec responsabilité et respect pour celles et ceux qui font vivre l’école au quotidien.

C’est la mesure qui suscite peut-être le plus d’incompréhension. C’est pourquoi il nous apparait essentiel d’en expliquer le contexte.

Le Gouvernement a décidé d’augmenter la charge horaire face classe de 20 à 22 périodes pour les enseignants du secondaire supérieur, soit ceux qui accompagnent nos élèves de 4e, 5e et 6e secondaires. Cette décision répond à un besoin réel d’équilibre budgétaire, mais aussi à la volonté de préserver ce qui compte le plus : la qualité de notre enseignement.

Les écoles souffrent actuellement de pénurie et des élèves restent parfois sans enseignants ou, à tout le moins, sans enseignant dument formé. Le gouvernement a fait le choix d’un levier qui permet de renforcer la présence pédagogique auprès des élèves, sans alourdir la charge administrative.

Nous savons que c’est un effort supplémentaire et nous le reconnaissons pleinement. Plusieurs éléments ont pesé dans cette décision :

  • Avant le Pacte pour un enseignement d’excellence, beaucoup d’écoles attribuaient systématiquement 22 périodes aux enseignants du secondaire supérieur. Cette mesure revient donc à une situation que beaucoup ont déjà connue. 
  • Les professeurs du secondaire inférieur prestent déjà 22 périodes et, à ancienneté égale, leurs collègues du secondaire supérieur gagnent environ 25% de plus que les autres. C’est pourquoi il a semblé légitime que ce soit à eux qu’il soit demandé un effort supplémentaire.
  • Plusieurs pays européens ont uniformisé le nombre de périodes face classe entre les différents niveaux, s’inscrivant dans la même logique.
  • Le travail d’un enseignant ne se limite évidemment pas au temps passé en classe. Cette décision ne le nie pas. Préparation, correction, formation continue, accompagnement des élèves et service à l’école font partie intégrante du métier et nous en sommes pleinement conscients.

 

Il s’agit, en ce sens, d’un ajustement pragmatique qui permet de maintenir les autres priorités éducatives sans dégrader la qualité du travail enseignant.

Des meures d’accompagnement concrètes

Conscient de l’impact concret de cette mesure sur le quotidien des enseignants, le gouvernement a veillé à l’accompagner de dispositifs de soutien :

  • Les enseignants débutants et ceux de plus de 60 ans bénéficient d’une réduction de deux périodes.
  • Les jeunes diplômés de formations en 4 ans voient leur salaire revalorisé de 5 %.
  • Les directions du fondamental et les maîtres de stage sont également mieux reconnus.
  • Afin de protéger les enseignants non nommés désignés dans un poste à la rentrée, les mesures de réaffectation des enseignants nommés sont gelées pour un an, sans impact financier pour ces derniers.

Pas de licenciements

Concernant la suppression de postes, nous nous voulons rassurants : il n’y aura pas de suppressions d’emplois au sens strict. 

Néanmoins, il est effectivement vrai qu’entre 1.300 et 1.400 équivalents temps plein disparaissent, impactant dès lors les heures attribuées et les lieux de prestation des enseignants. Cela impactera donc la réalité quotidienne des enseignants et demande une attention particulière.

Toutefois, n’oublions pas les départs naturels : plus de 2.000 chaque année, combinés au fait que très peu de nouveaux diplômés sortiront de la formation initiale cette année en raison de l’allongement des études.  Par conséquent, il n’y aura pas de coupes nettes dans les emplois.

Sur le sujet précis du congé pour maladie de longue durée, le devoir de nuance impose de distinguer les situations. Premièrement, les maladies graves et de longue durée restent protégées, avec le maintien du traitement à 100 %. C’était une balise claire et primordiale pour nous.

Pour les autres situations de mise en disponibilité pour maladie, le passage de 80 % à 60 % répond à une double logique : d’une part, harmoniser le régime de l’enseignement avec celui des autres secteurs de la fonction publique ; d’autre part, garantir la soutenabilité budgétaire du système. Cela ne rend pas la mesure facile, mais elle s’accompagne du maintien de garanties importantes, notamment le pot maladie (182 jours maximum avec paiement à 100%) et les exceptions pour les pathologies lourdes.

Une harmonisation avec le reste de la fonction publique

Pour les autres situations de mise en disponibilité pour maladie, le taux passe de 80 % à 60 %. Cette mesure répond une logique d’harmonisation avec les autres secteurs de la fonction publique, qui appliquent déjà ces règles. Le pot maladie et les exceptions pour les pathologies lourdes sont par ailleurs maintenus.

Protéger ceux qui en ont le plus besoin et harmoniser ce qui peut l’être est la logique qui a guidé ces choix.

Un chiffre circule : le budget aurait été divisé par 6. C’est inexact.

L’enveloppe avait été portée à 21 millions d’euros mais seuls 16 millions étaient réellement utilisés par les écoles. Le gouvernement en conserve 14 millions, soit une réduction bien plus limitée que ce qui est souvent avancé.

Ce qui change ici, c’est la méthode et non pas la priorité. L’ancien système présentait en effet plusieurs défauts importants :

  • Il fonctionnait par appels à projets, ce qui le rendait inégalitaire, lourd administrativement et finalement sous-utilisé. Seules certaines écoles à encadrement différencié en bénéficiaient.
  • Les 14 millions sont désormais intégrés directement aux moyens de fonctionnement de toutes les écoles concernées, sans paperasse inutile.
  • Près de 40 % des écoles recevront ainsi davantage qu’auparavant, notamment celles qui étaient jusqu’ici exclues du dispositif.

Nous sommes convaincus que les écoles connaissent mieux que quiconque les besoins de leur public. C’est pourquoi chaque école garde la liberté d’utiliser ces moyens comme elle l’entend : repas gratuits, tarifs réduits ou autres formes de soutien alimentaire adaptées à son public.

Cette autonomie est renforcée par la mesure « un élève = un élève » adoptée en 2025, qui apportera près de 50 millions d’euros supplémentaires d’ici 2034 aux écoles libres et officielles subventionnées.

En outre, une évaluation sera également menée pour mesurer les effets de la réforme et ajuster le dispositif si nécessaire.

Les repas scolaires restent donc une priorité essentielle pour le bien-être des enfants, la santé, le soutien aux familles et la lutte contre les inégalités. 

Contrairement à ce qui a été relayé, la gratuité des fournitures scolaires n’est pas supprimée. Au contraire, elle est même étendue !

  • L’ancien dispositif, en vigueur depuis 2019, couvrait uniquement la 1re maternelle à la 3e primaire.
  • Dès la rentrée 2026, il laisse place à une mesure progressivement généralisée à l’ensemble du fondamental.
  • Suite aux concertations avec les fédérations de pouvoirs organisateurs, la gratuité s’étend aux 4e et 5e années primaires en 2026-2027, puis à la 6e année en 2027-2028.
  • Par contre, il est vrai que les moyens alloués sont diminués et cela implique un changement de logique. L’idée est d’aller vers une mise à disposition durable du matériel et de ne pas renouveler les achats chaque année. De plus, les moyens sont directement intégrés aux subventions des écoles, ce qui fait évoluer le reporting. 

Cette réforme est aussi une opportunité de repenser nos pratiques vers une gestion plus responsable et durable du matériel scolaire.

Aujourd’hui, 1.701 enseignants sont en congé de leur fonction scolaire pour travailler dans des fédérations de pouvoirs organisateurs, des associations, des mouvements de jeunesse ou le secteur culturel, tout en continuant à être rémunérés par le budget de l’enseignement.

Le gouvernement réduit le nombre de détachements possibles et supprime cette possibilité dans certaines associations, notamment politiques. Cette dernière est par contre maintenue dans de nombreux autres contextes, mais le gouvernement demande progressivement que ces salaires soient pris en charge par les employeurs réels. 

En contrepartie, ces organisations reçoivent des moyens financiers supplémentaires, équivalant à environ 70 % du coût salarial actuellement supporté par l’enseignement. Elles y gagnent également en liberté : elles pourront engager le profil qu’elles souhaitent, sans que ce soit nécessairement un enseignant.

L’objectif est donc de :

  • Préserver les missions essentielles de ces acteurs tout en renforçant progressivement la présence des enseignants devant les classes.
  • Garantir un enseignant pour chaque classe dans ce contexte de pénurie.

Le minerval n’a pas été indexé depuis 2010 et ce rattrapage était inévitable. Il s’est imposé comme la voie la plus équilibrée pour que l’enseignement supérieur contribue à stabiliser le déficit de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sans sacrifier un financement qui doit se maintenir à un niveau cohérent avec nos ambitions de qualité et d’excellence.

Toutefois, le gouvernement a fait le choix de le rendre plus juste en le modulant selon les revenus des familles.

Concrètement, quatre catégories d’étudiants sont distinguées :

  • Les étudiants boursiers, soit plus d’un étudiant sur cinq, restent totalement exemptés.
  • Les étudiants à statut modeste, une catégorie amenée à passer de 1% à 10% de la population étudiante, paieront 384 euros par an.
  • Les étudiants à statut intermédiaire, également 10 % de la population étudiante,  s’acquitteront de 835 euros.
  • Les autres étudiants paieront le minerval plein fixé à 1.194 euros.

Cette progressivité est au cœur de la mesure où chacun contribue selon ses moyens et les plus vulnérables sont protégés.

Elle permet par ailleurs de générer des recettes supplémentaires sans réduire le financement des établissements, préservant ainsi la qualité de l’offre de formation.

Pour les étudiants qui en auraient besoin, rappelons que les moyens des services sociaux des établissements d’enseignement supérieur n’ont pas été diminués. Le gouvernement les rencontre régulièrement pour s’assurer qu’ils puissent continuer à accompagner les étudiants. Il n’est pas nécessaire d’être boursier pour y avoir accès : ces services peuvent aider de multiples façons, que ce soit pour le minerval, le logement, le matériel, l’alimentation ou la santé.

Plus juste, plus adapté à la réalité socio-économique des étudiants et de leurs familles : c’est le sens de cette réforme.

Le Pacte pour un enseignement d’excellence confirme le tronc commun comme pilier central de la réforme éducative en Fédération Wallonie-Bruxelles. Maintenu dans le décret du 27 mai 2026, il vise à améliorer la qualité de l’enseignement, réduire les inégalités scolaires et garantir une formation commune pour tous les élèves jusqu’à 15 ans. Il s’accompagne toutefois d’ajustements importants, notamment une troisième secondaire plus orientante, avec un socle commun allégé et davantage d’activités d’exploration.

La réforme repose sur plusieurs mesures structurantes. La première est la suppression progressive du premier degré différencié : dès la rentrée 2026-2027, la 1re différenciée disparaît, suivie de la 2e l’année suivante. Tous les élèves, qu’ils aient obtenu ou non le CEB, sont désormais intégrés dans des classes hétérogènes et suivent les mêmes apprentissages du tronc commun. Les élèves sans CEB peuvent l’obtenir en réussissant leur première secondaire.

Pour accompagner cette hétérogénéité, deux dispositifs sont instaurés :
l’accompagnement personnalisé, intégré dans l’horaire de tous les élèves, afin de soutenir la différenciation pédagogique, la consolidation des acquis et le dépassement ;
l’accompagnement renforcé, destiné aux élèves en difficulté, notamment ceux n’ayant pas réussi le CEB, avec des actions de remédiation ciblées. Ce dispositif s’appuie sur un DAccE (dossier d’accompagnement de l’élève), ouvert dès le début de l’année pour suivre les difficultés et les aides mises en place.
Les moyens du différencié sont maintenus et redistribués pour financer cet encadrement renforcé.

La réforme prévoit également une adaptation des grilles horaires : la formation manuelle, technique et technologique (FMTT) est réduite à une période hebdomadaire, tandis que la formation numérique est renforcée à deux périodes. En parallèle, l’orientation est introduite dès la S1, avec un carnet d’orientation et 14 périodes d’activités orientantes.

Un autre volet majeur concerne les enseignants. La mise en œuvre du tronc commun entraîne une réorganisation des fonctions : création de nouveaux postes (FMTT, numérique), fusion de disciplines (fonction FHGES), scission du latin. Pour limiter les impacts, le décret prévoit des mesures d’accompagnement social : maintien de l’emploi et de la rémunération, dispositifs de reconversion, accès facilité à la formation et création d’un comité de pilotage des carrières.

Pour la suite du parcours, la réforme renforce encore l’orientation. En deuxième secondaire, chaque élève bénéficie de 32 périodes annuelles d’activités orientantes (stages, visites, ateliers), ainsi que d’un recentrage sur les fondamentaux (mathématiques et langues renforcées). En troisième secondaire, l’orientation devient centrale avec 8 périodes hebdomadaires dédiées, réparties en deux domaines d’exploration. Cette année est également certificative, avec un stage de trois jours, une défense orale du projet d’orientation et des épreuves combinées menant au CESI.

Enfin, la réussite de la réforme repose sur une condition essentielle : un accompagnement humain et organisationnel des équipes éducatives, impliquant du temps, de la concertation, de la stabilité et des moyens adaptés pour garantir une mise en œuvre efficace sur le terrain.

Agir aujourd’hui pour protéger demain

La Fédération Wallonie-Bruxelles ne peut plus ignorer la réalité de ses finances. Son déficit continue de se creuser et menace progressivement notre capacité à financer durablement nos missions essentielles : l’enseignement, la petite enfance, la culture ou encore l’aide à la jeunesse. Sans action résolue, nous ne pourrions plus garantir la qualité de l’enseignement, l’encadrement des élèves ni la capacité de notre système éducatif à continuer à fonctionner et à évoluer dans la durée. Le gouvernement s’est donc fixé un cap : stabiliser ce déficit à 1,2 milliard d’euros d’ici 2029, pour amorcer ensuite un retour progressif vers l’équilibre.

La contrainte est structurelle. La Fédération ne dispose pas de recettes fiscales propres et ne peut donc pas lever de nouveaux impôts pour compenser ses dépenses. Dans ce contexte, aucun secteur ne peut être totalement épargné. L’enseignement obligatoire représente à lui seul près de la moitié du budget de la Fédération. Il n’est dès lors ni réaliste ni responsable de penser qu’il pourrait rester totalement à l’écart de l’effort collectif demandé. Chaque choix doit être pesé, chaque euro justifié.

C’est dans cet esprit que le gouvernement, sous la conduite de notre ministre-présidente Elisabeth Degryse, a engagé dès l’été des travaux budgétaires rigoureux, appuyés par un comité d’experts indépendants chargés d’objectiver la situation. Les mesures qui en découlent ont été choisies pour leur équité et parce qu’elles font sens, avec tous les secteurs mis à contribution, sans exception.

Si nous n’agissons pas maintenant, ce sont 600 millions d’euros qui partiront chaque année en remboursement d’intérêts de la dette d’ici 2029, contre 350 millions aujourd’hui. Stabiliser le déficit, c’est précisément éviter ce scénario et réorienter cet argent vers ce qui compte vraiment : nos écoles, nos enseignants, nos étudiants.

Ce chemin, nous ne voulons pas le faire seuls. Depuis le début, nous avons choisi la transparence sur la situation réelle de nos finances publiques, la concertation plutôt que l’imposition, le dialogue plutôt que le rapport de force. Les syndicats et les fédérations de pouvoirs organisateurs ont été associés à chaque étape et leurs voix ont changé des choses concrètes.

Une seule boussole a guidé chaque décision : préserver ce qui constitue le cœur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Former, ouvrir à l’altérité, soutenir les plus fragiles, garantir l’équité pour tous sont des missions que notre Mouvement n’est pas prêt à sacrifier.