Je suis pour une contribution des grands patrimoines financiers

Comme vous le savez, nous avons décidé de nous attaquer à la dérive budgétaire de notre pays pour le ramener dans le peloton européen. Nous avons réalisé plus de 30 milliards d’économie et allons encore améliorer la trajectoire de minimum 7 milliards dans les prochains mois. C’est le plus grand chantier budgétaire depuis 50 ans.

Dans ce cadre, j’ai mis sur la table la semaine dernière l’idée de faire participer les plus grands patrimoines financiers (hors immobilier) à cet effort. Cela crée pas mal d’émois…

Avant de décrire la philosophie et les raisons qui me poussent à défendre cette position, permettez-moi de préciser que nous ne sommes en rien dogmatiques quant aux modalités à prévoir pour mettre en œuvre cette contribution. Nous pourrions par exemple envisager un «plafond» ou un régime spécial pour les entrepreneurs actifs ou encore la possibilité de différer le paiement de la contribution pour ceux qui détiennent des actions peu liquides.

Notre objectif est de créer de l’équité, pas de l’inefficacité.

Notre objectif n’est pas de confisquer quoi que ce soit, ni de faire fuir qui que ce soit mais de trouver la manière la plus efficace de faire participer ceux qui ont la chance d’avoir un patrimoine financier qu’ils peuvent faire fructifier.

Contrairement à certaines caricatures ridicules qui circulent sur les réseaux sociaux, je vous rassure, je ne suis pas devenu communiste. Je ne vois d’ailleurs pas ma prise de position comme une position de « gauche » mais comme la volonté de répartir l’effort de manière juste et mesurée.

Plutôt que de la balayer d’un revers de la main, cherchons la manière la plus efficace d’atteindre cette ambition.

Pour lancer la réflexion, permettez-moi de préciser quelques points importants :

1. Le but n’est pas de stigmatiser, au contraire !

Comme vous le savez peut-être, j’ai créé plusieurs entreprises et suis plus que convaincu que les entrepreneurs sont un des moteurs essentiels de notre économie et donc aussi de notre solidarité. Je n’ai aucun problème à ce que certaines personnes soient récompensées pour le risque qu’elles ont pris et la valeur ajoutée qu’elles ont aidé à créer. J’ai par ailleurs pu observer combien il était précieux pour un jeune entrepreneur de pouvoir s’appuyer sur des personnes qui ont un capital important et investissent dans l’économie.

Loin de moi l’idée de stigmatiser, au contraire, leur contribution est essentielle.

Ce que je défends, c’est l’équité ou, pour reprendre Aristote, un juste équilibre entre la justice distributive et commutative, entre droits et efforts.

2. Quand on demande un effort à toute la population, il est normal que chacun fasse sa part

Quelles que soient les modalités d’application qui pourraient être mises en Å“uvre, il est clair qu’il y aurait forcément des personnes frustrées. Personne n’aime payer des taxes ni faire des économies.

Ni vous, ni moi.

Tout comme,

  • Les profs du secondaire supérieur n’ont pas envie de prester 2 périodes de plus ;
  • Ceux dont les pensions vont être rabotées ;
  • Ceux qui bénéficiaient de régimes spéciaux nous reprochent de les supprimer ;
  • Les demandeurs d’emploi qui ne trouvent pas de job malgré une vraie recherche regrettent de ne plus pouvoir émarger au chômage après 2 ans ;
  • Les fonctionnaires que l’on ne remplace pas ;
  • Les associations qui rendent des services essentiels à qui on supprime des subsides ;
  • Ceux dont le salaire ne va être que partiellement indexé ;
  • Ceux qui auraient dû supporter une hausse de la fiscalité sur la consommation ;
  • …

Si on ne demandait pas un effort à tout le monde, si on ne faisait pas le plus gros effort d’assainissement des finances publiques depuis 50 ans, je comprendrais le discours de ceux qui disent : « économisez d’abord, faites contribuer ensuite ! ». Ici en l’occurrence, on économise. C’est pour cela que je trouve qu’il n’est pas anormal de demander un effort représentant 5 % du redressement que nous allons faire à ceux qui détiennent 35 % de la richesse totale.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que je lis l’appel de centaines de millionnaires qui ont appelé, à l’occasion du forum économique de Davos, à être davantage imposés sous le slogan « fier de payer plus ».

3. Taxer très légèrement le capital financier, ce n’est pas le confisquer mais c’est faire participer ceux qui en tirent des revenus importants

J’entends certains dire qu’ils n’ont pas de liquidités… Même si on peut envisager de différer le paiement, je tiens quand même à rappeler que quand on dispose d’actifs très importants, on a accès à toutes les banques et à des taux d’intérêt dont personne d’autre ne dispose.

Elon Musk dit aussi qu’il n’a pas d’argent sur son compte. Ce qui ne l’a pas empêché de trouver 43 milliards d’euros pour racheter Twitter…

Quand on dispose de plusieurs millions voire milliards d’euros de capital, avec ces actifs ou avec l’effet de levier qu’ils représentent, toutes les possibilités pour réaliser un rendement de 10 % sur le long terme sont à disposition. Ceux qui disposent de ce type d’actifs devraient avoir l’honnêteté de le dire. Ils ont accès à des placements et à des effets de leviers spécifiques. 10 % de 1 milliard, c’est 100 millions chaque année.

Quand bien même la personne qui a un tel capital déciderait de le gérer de manière très défensive, je ne peux pas croire qu’elle n’arriverait pas à générer 3 % de revenus chaque année.

3 % de 1 milliard, c’est 30 millions.

Pour rappel, la mesure des Engagés prévoit une contribution très modeste :

  • Entre 0 et 500 000 euros : PAS de contribution
  • Entre 500 000 euros et 1 million d’euros : 0,15 %.
  • Entre 1 et 2 millions d’euros, de 0,30 %.
  • Entre 2 et 3 millions d’euros, de 0,45 %.
  • Et au-delà de 3 millions d’euros, de 0,60 %.

Ces propositions de montants ont été imaginés pour tenir compte des rendements que ces différents types de capitaux peuvent générer. Je suis évidemment disposé à en parler avec ceux qui le souhaitent.

Ceux qui ont un capital inférieur à 500 000 euros ne doivent pas être touchés car il s’agit de l’épargne de prudence et les rendements sur ce type de capital restent modestes. Au-delà, on peut progressivement augmenter car on sait que les revenus du capital augmentent aussi.

Concrètement, une personne (les seuils se calculent par personne pas par ménage) qui aurait un capital financier de 1 million devrait s’acquitter d’une contribution de 750 euros par an. Si l’on considère que son capital génère 3% de revenus net, elle gardera donc pour elle : 30 000 EUR – 750 EUR = 29 250 EUR.

Bref, vous l’avez compris, mon but n’est certainement pas de décourager ceux qui investissent, travaillent, créent. Je ne suis pas plus dogmatiquement lié à une mesure et encore moins à un symbole qui serait contre-productif.

Je comprends, même si je crois que l’on doit trouver les moyens de l’éviter, le risque que le capital, mobile, se déplace. Ce n’est évidemment pas le but. Le pragmatisme n’empêche cependant pas la réflexion ni de chercher des solutions plutôt que de rester bloqué dans un système qui ne serait pas juste.

 

Essayons d’avoir un débat sur le sujet qui ne verse pas dans la caricature. Si on se rejoint sur l’objectif, cherchons, ensemble, le meilleur moyen de nous assurer que chacun fasse sa part pour relever le pays…