Quand Trump achète du diesel à Poutine, l’Europe doit tirer les leçons

Il fallait oser. Alors que la Russie poursuit sa guerre contre l’Ukraine, Donald Trump annonce un accord avec Vladimir Poutine pour faciliter l’approvisionnement en diesel russe. L’objectif affiché : faire baisser les prix des carburants. Bienvenue en absurdie.

Depuis 2022, les sanctions occidentales visent notamment à réduire les revenus qui permettent au Kremlin de financer son agression. Et voilà que Washington desserre une partie de l’étau pour tenter de soulager les automobilistes, les agriculteurs et les transporteurs américains. Le calcul est limpide : faire baisser la facture à la pompe, quitte à offrir une nouvelle bouffée d’oxygène économique à Moscou.

Mais même sur son propre terrain, le pari est loin d’être gagné. Les volumes annoncés ne garantissent pas une baisse significative des prix, et les difficultés rencontrées par les raffineries russes rendent les livraisons incertaines. Pour un bénéfice économique hypothétique, le coût géopolitique pourrait, lui, être bien réel.

C’est toute la contradiction d’une politique qui prétend défendre la paix tout en multipliant les arrangements de circonstance. On sanctionne la Russie pour limiter ses moyens de guerre, puis on assouplit les sanctions pour répondre à une urgence intérieure. Et l’on espère que Vladimir Poutine comprendra malgré tout qu’il doit mettre fin à son agression.

Cette séquence nous rappelle une vérité essentielle : l’énergie n’est jamais seulement une question de prix. C’est une question de puissance, de sécurité et de liberté. Celui qui dépend des autres pour faire tourner son économie finit par subir leurs décisions, leurs crises et leurs rapports de force.

L’Europe connaît trop bien cette réalité. Nous avons payé notre dépendance au gaz russe. Nous ne pouvons pas remplacer cette dépendance par une autre, ni laisser notre avenir énergétique au gré des revirements de Washington ou des ambitions de Moscou et de Pékin.

Notre réponse ne peut être le repli sur nous-mêmes. Elle doit être la souveraineté : produire davantage d’énergie en Europe, développer les renouvelables, le nucléaire là où les États le choisissent, renforcer nos réseaux et nos interconnexions, et investir ensemble pour réduire durablement notre facture d’importation. Cela demande des moyens et une véritable volonté politique, pas seulement des déclarations.

L’Europe est un géant économique, mais elle reste trop souvent un nain politique. Tant que nous ne serons pas capables de défendre collectivement nos intérêts, d’investir à la hauteur des enjeux et de tenir une ligne cohérente, d’autres décideront à notre place.

Le prix de notre dépendance se mesure en euros. Mais aussi en liberté, en sécurité et en capacité à choisir notre avenir.