Car derrière l’étoile allemande, la structure du groupe raconte une histoire plus complexe : celle d’une entreprise dont une partie croissante du capital, des partenariats industriels et des intérêts économiques est désormais étroitement liée à la Chine.
Selon la structure officielle de l’actionnariat publiée par Mercedes-Benz Group, les deux plus gros actionnaires individuels du groupe sont aujourd’hui chinois : BAIC détient 9,98 % du capital et Geely, via Li Shufu, 9,69 %.
Autrement dit, près de 20 % du capital du constructeur est entre les mains d’intérêts chinois.
Et il ne s’agit pas d’investisseurs passifs.
BAIC est un groupe contrôlé par l’État chinois. Geely est devenu l’un des principaux instruments de l’expansion industrielle chinoise dans l’automobile mondiale. Les deux groupes sont étroitement liés à la stratégie industrielle de Pékin.
Pour comprendre les positions de Mercedes, il faut regarder où se trouvent ses intérêts
Depuis plusieurs années, Mercedes approfondit cette interdépendance. Production, recherche, véhicules électriques, partenariats industriels, batteries, sous-traitance, matières premières, acier : tout converge vers une intégration croissante avec l’écosystème chinois.
La Chine n’est plus seulement un marché pour Mercedes. Elle est devenue une composante essentielle de son modèle économique.
Cette réalité ne se limite pas à l’actionnariat ou à la production. Elle constitue aussi une clé de lecture importante pour comprendre certaines prises de position du groupe dans le débat européen.
Quand les intérêts de Mercedes s’opposent aux choix industriels de l’Europe
Lorsque la Commission européenne a décidé d’imposer des droits de douane sur les véhicules électriques chinois soupçonnés de bénéficier de subventions massives, Mercedes ne s’est pas rangé derrière cette démarche. Au contraire.
Le groupe s’est associé à Geely pour contester juridiquement ces mesures devant la Cour de justice de l’Union européenne.
Le symbole est fort : un constructeur présenté comme un champion industriel européen qui attaque les instruments de défense commerciale mis en place par l’Union européenne pour protéger sa propre industrie.
Ce n’est d’ailleurs pas un épisode isolé.
Les grands constructeurs allemands ont régulièrement plaidé contre les mesures européennes visant à réduire la dépendance aux véhicules chinois subventionnés, notamment par crainte de représailles de Pékin sur leurs intérêts commerciaux en Chine.
Il ne s’agit pas de reprocher à Mercedes de défendre ses intérêts. Toutes les entreprises le font.
Mais pour les responsables politiques, les citoyens et les médias, il est essentiel d’avoir cette réalité à l’esprit lorsqu’ils analysent les positions du groupe sur la politique industrielle européenne.
L’Europe doit savoir qui parle lorsqu’on lui demande de faire des choix industriels
Bien sûr, Mercedes reste juridiquement une entreprise allemande. Son siège est en Allemagne. Des milliers d’emplois européens dépendent encore du groupe.
Mais le débat n’est pas juridique. Il est politique et stratégique.
Car l’Union européenne continue de soutenir massivement son industrie automobile : aides publiques, infrastructures, soutien à l’électrification, marchés publics, politique commerciale, financement de la transition verte.
La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir si Mercedes est encore européen ou non.
La question est plutôt de savoir si l’Europe tient suffisamment compte des intérêts qui influencent ses grands groupes lorsqu’elle écoute leurs recommandations en matière de politique industrielle.
Une entreprise est libre de défendre ses intérêts. C’est même son rôle.
Mais lorsque ces intérêts sont de plus en plus liés à des acteurs, à des marchés et à des partenaires extérieurs à l’Union européenne, il est indispensable d’en être conscient au moment d’évaluer ses prises de position.
Car protéger l’industrie européenne ne consiste pas seulement à écouter ceux qui prétendent parler en son nom.
Cela consiste aussi à comprendre quels intérêts ils représentent réellement.