Autonomie stratégique : pourquoi l’idée d’une armée européenne reste bloquée?

Une capacité réelle mais un projet en panne politique. 

 

Malgré une force européenne combinée de 1,5 million de militaires actifs et des industries de défense performantes, le projet d’une armée européenne patine à cause de divisions politiques profondes. Chaque pays défend ses intérêts et rêve de leadership, tandis qu’aucun consensus clair ne se dessine sur la forme même de la force à bâtir. L’unité reste illusoire. En parallèle, la dépendance persistante de l’Europe aux équipements militaires américains est notable : près de la moitié des avions, missiles et véhicules blindés proviennent des États-Unis, malgré une relance industrielle européenne en cours. 

«  Construire une défense européenne forte, avec des armes européennes »

Dans de nombreuses interviews et au sein du Parlement européen, j’ai souvent appelé à bâtir une défense européenne forte, fondée sur des armes européennes. J’insiste sur la nécessité que l’Europe cesse d’être passagère dans ses choix de défense et qu’elle investisse dans ses capacités industrielles. Cette vision place la souveraineté collective au cœur des priorités stratégiques.

 

Tensions internes et divergences nationales

Les États membres ne s’accordent pas sur les modalités d’un engagement collectif. Certains défendent des mécanismes de financement mutualisés, tandis que d’autres s’y opposent. Plusieurs pays souhaitent préserver leur neutralité et refusent d’intégrer une structure militaire commune. Enfin, certains craignent qu’un projet militaire européen n’affaiblisse les liens avec l’OTAN et les garanties américaines.

Un besoin de pragmatisme urgent

Il est temps d’arrêter de débattre d’un « monstre politique » qu’est une armée unique regroupant 27 forces nationales, pour favoriser des mécanismes intermédiaires : coopération renforcée, clusters régionaux et forces d’intervention modulables. L’Europe doit avancer avec pragmatisme en s’appuyant sur des outils existants et en gardant une flexibilité stratégique.

Convergence des analyses

L’Europe dispose d’un véritable potentiel industriel en matière de défense, mais celui-ci reste fragmenté entre les États membres. Cette absence de coordination nuit à l’efficacité collective. Les divergences politiques, notamment sur les stratégies et les financements, bloquent toute avancée vers une force militaire réellement commune. Dans le même temps, malgré l’augmentation des budgets nationaux de défense, l’Europe reste largement dépendante des équipements américains.

Face à ces blocages, une voie pragmatique consiste à renforcer la coopération entre armées nationales, développer des capacités d’intervention coordonnées et développer des programmes industriels communs.

Il sera aussi important d’y associer davantage les citoyens. Associer les citoyens, cela peut vouloir dire mener des campagnes d’infos bien sûr mais aussi pourquoi pas créer un service civique ou national européen, orienté vers la sécurité, la résilience, l’aide humanitaire ou la cybersécurité pour faire émerger une conscience de solidarité européenne concrète ou peut être impliquer les jeunes dans des formes d’engagement pour la défense ou la résilience (via Erasmus, des missions civiles, ou des corps de réserve européens).

En fait, aujourd’hui, le mot « armée européenne » fait peur ou divise. Il faut donc selon moi construire une vision partagée, fondée sur la défense des valeurs, la prévention des conflits, la protection du continent, et non sur une logique d’agression.

Conclusion

Nous ne pouvons plus être passifs face aux risques géopolitiques. L’Europe dispose des moyens humains et industriels, mais son frein reste politique. L’heure est venue d’agir concrètement, en dépassant les ego nationaux, en bâtissant une industrie militaire européenne forte et intégrée, et en donnant à nos citoyens un rôle actif dans la défense de notre continent. L’autonomie stratégique n’est pas une option, c’est une nécessité vitale.