Son assassinat est devenu le symbole de ce que coûte parfois la liberté d’informer lorsque le pouvoir ne tolère plus le regard indépendant des journalistes. Plusieurs personnes ont été condamnées pour leur rôle dans le meurtre, mais l’identification de tous les commanditaires est restée au coeur des interrogations sur cette affaire.
Vingt ans plus tard, le souvenir d’Anna Politkovskaïa résonne avec une force particulière.
Car entre-temps, l’espace pour une presse indépendante en Russie s’est considérablement réduit. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la quasi-totalité des médias indépendants ont été interdits, bloqués ou placés sous le régime des « agents de l’étranger » ou des « organisations indésirables ». Des dizaines de journalistes sont aujourd’hui détenus.
Et la répression ne s’arrête plus aux frontières russes : en août dernier, une nouvelle loi visant notamment des journalistes russes en exil est entrée en vigueur, tandis que l’arsenal juridique utilisé contre les voix indépendantes continue de s’étendre.
Anna Politkovskaïa incarnait le contraire de cette logique.
Elle rappelait qu’un journaliste n’est pas là pour plaire au pouvoir. Il est là pour regarder, enquêter, vérifier et raconter. Pour que les victimes ne disparaissent pas une deuxième fois dans le silence.
Vingt ans après sa mort, sa voix reste donc terriblement actuelle.
Parce qu’un pouvoir peut fermer des journaux, emprisonner des journalistes, censurer des informations. Mais il ne devrait jamais pouvoir faire disparaître le besoin de vérité.
Se souvenir d’Anna Politkovskaïa, c’est refuser que le silence devienne la norme.